Kate, ma soeur... Là on dirait qu'elle est gentille et tout et tout, mais en fait elle a toujours été méchante avec moi. C'était elle qui venait le soir me faire peur dans ma chambre avec une lampe torche sur le menton puis qui se moquait de moi...
Mais des fois ça lui arrivait de se faire prendre la main dans le sac et elle prenait alors sa tête de chien battu et faisait sa mignonne petite fille. Même, des fois, elle hésitait pas à pleurer pour qu'on croie qu'elle était innocente et qu'elle voulait juste m'aider ou prendre soin de moi... Mais elle n'avait rien à faire dans ma chambre ! Comme si, tous les soirs, elle allait m'emmener mon verre d'eau... Elle aurait plutôt préféré me noyer avec oui.
La preuve :
Le jour où la photo a été prise, c'était à son anniversaire de ses 8 ans. Moi j'avais 4 ans encore, j'étais tout petit.
Elle avait l'air toute mimi, hein ? Mais comme j'avais toujours mon appareil photo d'espion super discret et super petit ben j'ai pris plein de photos pour montrer que c'était une méchante...
Elle nous avait emmenés, Colette et moi, au bord de la rivière. Il faisait chaud, ce jour là, et elle s'est débarbouillé le visage.
"Vient", qu'elle m'avait dit en sourient. "Elle est bonne, mouille toi le visage, tu auras moins chaud..."
Mais ce que je n'avais pas vu c'est le regard qu'elle avait eu après. Mon appareil n'en avait pas raté une miette mais je ne m'en étais pas rendu compte tout de suite.
Quelques minutes plus tard, elle était en train de m'enfoncer la tête sous l'eau ! Et Colette n'a rien fait pour l'en empêcher ! Heureusement, maman est arrivée et a sorti Kate de sur moi...
Elle avait été prise une fois de plus. Elle était toute pataude, mouillée et, pourtant, elle s'est remise à mentir.
Elle a ressorti sa tête de menteuse et elle a dit que ce n'était pas ce que maman croyait. Elle a commencé à se plaindre en disant que de toute façon personne la croyait qu'elle en avait marre que tout le monde lui rejette tout dessus et que c'était toujours le gosse qui aurait raison parce qu'il n'y en avait que pour lui. Elle a pleuré, on lui a demandé de se calmer.
Elle a séché ses larmes, a reniflé. L'attention de toute la famille était concentrée sur elle. Ca se voyait qu'elle mentait. Parce qu'elle a reprit d'un ton tout naturel, après.
Elle a dit que, oui, elle m'avait fait venir me mouiller le visage parce qu'il faisait chaud mais en même temps elle m'avait bien dit de pas trop me pencher au-dessus de l'eau... Elle reconnaissait qu'elle n'avait pas été assez vigilante mais elle s'était aussitôt jetée à l'eau pour essayer de me récupérer. Ce n'était qu'un gros mensonge ! Pourtant, une fois de plus, on la félicita de bien prendre soin de son frère.
On lui demanda d'aller mettre la jolie robe qu'on lui avait préparée pour le repas. Avant elle voulait pas la mettre mais là, comme la sienne était mouillée, elle avait plus le choix. avant de partir elle m'a jeté un regard noir qui disait : "Tu vas tout raconter je te vole tes jouets et je les casse tous".
Mais le pire était encore à venir. Parce que quand j'ai raconté à Colette que j'avais tout pris sur mon appareil d'espion, on est partis se cacher pou que je lui montre mes photos ! Oui, il fallait qu'on se cache parce que Kate venait de revenir avec sa nouvelle robe...
Donc on est partis les regarder derrière des buissons et c'est là que j'ai vu le regard méchant qu'elle avait eu avant de se jeter sur moi. Colette a été obligée de reconnaître que j'avais raison, parce que dans l'eau, avec les éclaboussures elle disait qu'elle n'avait pas très bien vu. Et puis même là, elle disait que Kate avait sans doute une raison d'agir comme ça... On a continué à regarder mes photos puis on est tombés sur les photos de maman ! Celle où elle était habillée comme les dames qu'on voit marcher la nuit sur les trottoirs.
On a entendu un bruit dans les buissons derrière nous et on a eu peur. Peur qu'Elle soit déjà revenue et qu'elle ait vu toutes les photos que j'avais faite sur elle.
Je croyais que j'allais me faire casser tous mes jouets quand je me suis retourné. Et là je l'ai vue. C'était bien Kate, mais elle était par terre, comme si elle dormait.
"Kate ? Kate ?"
Elle répondait pas ! On l'a secouée, rien !
On est partis en courant chercher les grands et puis ils se sont tous levé et, et... et papa il a posé sa main sur l'épaule de Kate et puis finalement il l'a prise dans ses bras et il est allé à l'intérieur de la maison d'Oncle Aaron pour la mettre au lit.
Maman m'a pris dans ses bras et on s'est assis à côté du lit.
"Maman, elle va mourir, Kate ?
- Non, mon chéri, elle est juste très fatiguée..."
Et elle m'avait fait un câlin, mais je voyais bien qu'elle était inquiète, dans ses yeux.
Mais Kate a fini par ouvrir les yeux. Papa a regardé maman dans les yeux et, elle, elle a hoché la tête. On est sortis tous les deux, maman a dit qu'il fallait très peu de personnes parce que Kate était encore fatiguée et qu'il fallait qu'elle puisse dire ce qu'il s'était passé pour qu'elle s'évanouisse.
Moi j'avais un peu peur parce que si la photo de maman que j'avais c'était pas bien, j'allais me faire gronder...
Papa est revenu, il avait la tête qu'il avait quand il avait des problèmes et qu'il se posait des questions. Comme pour les impôts, par exemple...
"Swann, vient avec moi."
J'avais peur d'un coup. Je savais que j'allais me faire gronder parce que j'avais pris des photos de maman alors qu'elle voulait pas. Je l'ai regardée, j'avais peur mais elle m'a souri et j'ai un peu eu moins peur parce qu'elle m'aimait toujours même si apparemment j'avais fait une bêtise...
On est allés dans le bureau d'Oncle Aaron, y avait plein de papiers partout ! Père est allé s'installer dans le fauteuil de comptable d'Oncle Aaron et moi il m'a fait assoir dans le fauteuil en face. J'étais tout enfoncé dedans, il était grand et mes pieds ils touchaient pas par terre.
"Dis-moi, Swann, est-ce que je peux voir l'appareil photo que t'ont offert Oncle Aaron et Tante Yacinthe à Noël, s'il te plaît ?"
J'ai fait non de la tête, j'arrivais pas à parler. Père m'a regardé dans les yeux et est resté comme ça. Je me suis levé de fauteuil et ai posé l'appareil sur le bureau avant de me rasseoir.
Père a allumé l'imprimante et a tiré toutes les photos. Il a commencé à les regarder. Toutes.
Et y en a une où il s'est arrêté. Il est devenu tout pâle, il a commencé à trembler de la main, puis il est devenu tout rouge et il a froissé la feuille.
"Père, qu'est-ce qui se passe ? Père !"
Il m'a giflé, puis il est parti. Je suis resté longtemps assis dans ce fauteuil. J'avais l'impression d'avoir fait quelque chose de très grave. Et j'étais triste parce que Père ne m'aimait plus pour ça....
Kate elle, elle est restée avec Père quand lui et maman se sont séparés. Alors que moi je suis un peu resté avec maman puis quand elle a eu Garry Gary, elle m'a confiée à une amie pour qu'elle m'emmène chez Oncle Aaron. Mais moi je suis parti avant d'arriver et je me suis retrouvé à Heaven.
Maintenant, voilà deux ans que j'habite cette ville maudite dont je ne peux même pas partir. En même temps je me demande si j'en ai vraiment envie...
Kate, elle, s'est lancée sur mes traces il y a peu de temps pour me retrouver. Quand elle est arrivée à Heaven, j'ai pu assister à sa première rencontre avec un fantôme :
Elle était en train de m'appeler partout dans la ville et, par curiosité je suis arrivé. J'ai quand même eu la présence d'esprit d'allumer mon appareil photo afin d'avoir une trace visuel de la personne qui me cherchait tant.
J'ai pris la photo au moment où un esprit dérangé par ses cris est apparu devant elle. Et tout ce qu'elle a dit c'est :
"Oh, désolée de vous avoir dérangé ! ^_^ Dites-moi, vous n'auriez pas vu un jeune garçon blond de 8-9 ans dans les parages ? Paraîtrait qu'il a un oeil rouge et de sérieuses tendance suicidaires... C'est mon frère."
J'ai été tellement boulversé que je ne me suis pas montré tout de suite. Je ne m'attendais vraiment pas à voir mon passé me poursuivre jusqu'ici. Et surtout pas elle. Mais un autre truc me dérangeait : elle avait dit que j'étais son frère. Et c'était bien la première fois. Jusqu'alors je n'avais été qu'un rebus qui méritait tout juste de faire l'objet de son indifférence et, parfois, quand elle était obligée de me supporter comme aux repas de familles, de sa cruauté. Et là je serais son frère ?
Nooon... pas possible. à tous les coups, c'était encore un coups des esprits de la ville. Il n'y avait qu'eux pour faire ça. Parce que là, franchement, ce n'était pas très crédible...
Pourtant, plus tard on s'est rencontrés et apparemment c'était vraiment elle ! Elle a beau dire, je me méfie toujours d'elle, mais parfois quand je la regarde j'ai l'impression qu'elle a vraiment changé...